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Retour sur…

Les nanofictions – novembre 2023

Nanofictions

Retour sur… l’atelier de novembre 2023

Le thème : Nanofictions et formes brèves

Nanofictions

En écriture, le trop est souvent l’ennemi du bien

Un des travers de l’écriture est de vouloir tout dire, tout écrire, tout décrire. Nous avons tendance à être redondants plutôt que précis et concis. Trop souvent, là où une phrase suffirait, nous en employons plusieurs pour être sûrs d’être compris. Je vous l’accorde, ça peut être un style : de longues descriptions précises embarquent notre lecteur dans nos paysages et notre environnement. Pourtant, tout écrire bride aussi le lecteur, l’enferme dans un univers unique, celui que nous lui proposons. Trop de mots empêche l’idée essentielle d’émerger, voire fait glisser le texte dans des clichés, des truismes ou des poncifs. Ennuyeux, non ?

A l’inverse, se relire, nettoyer sa plume, ne garder que l’essentiel, épurer son texte, apporte plus de force à son écriture. En laissant le choix au lecteur d’aller où bon lui semble, il se crée ses propres images mentales et devient actif de l’histoire.

En ce sens, le format court est un véritable stimulant pour l’imaginaire. L’écrivant va rechercher la façon la plus concise d’exprimer une idée et ce faisant, il laisse assez d’espace au lecteur pour que celui-ci imagine à sa guise l’intrigue sous-jacente.

Un des exemples les plus souvent cités est cette phrase attribuée à Ernest Hemingway : « For sale : baby shoes, never worn. » (« À vendre : chaussures de bébé, jamais portées »). En 6 mots, dans la version originale, tout est dit, ou plutôt suggéré. Ici, le travail sur l’implicite renforce l’effet tragique et a d’autant plus d’impact que si l’auteur avait écrit un texte de 1000 caractères ou plus.

Vous l’avez compris : le court n’est pas un résumé de texte. Et par-dessus tout, il ne signifie pas le simple, c’est même tout le contraire. Le court recherche la précision, le sensible et le suggestif. Il s’agit de faire le tri dans ce qu’on écrit, de trouver le mot juste, et de réussir à tout dire sans en dire trop justement.

Les Nanofictions

Peu importe comment on l’appelle, cette forme courte, très courte, est un genre littéraire exigeant.

La taille « réglementaire » d’une nanofiction est de 280 caractères, ponctuation et espace comprises, d’où le terme Twitératture qui est apparu en 2017 (année du passage de 140 caractères à 280 du réseau social de l’oiseau bleu), soit à peu près 55 mots.

Dans sa forme, la nanofiction peut se rapprocher du fragment,mais il subsiste une différence de taille : la chute. Car il y a tout dans la nanofiction : un début, un développement, une fin.

La taille du texte et l’intrigue, vous avez ici les 2 contraintes du genre qui ont été testée au cours de l’atelier :

« Mettre une vie entière dans un dé à coudre »

Régis Jauffret

Une des propositions de l’atelier : résumer en une phrase l’histoire du Titanic

  • Guidés par un capitaine emprunt de narcissisme, des milliers de passagers, de l’ouvrier au bourgeois, montèrent à bord de l’historique paquebot, qui se fracassa contre l’iceberg : le billet de leur vie au péril de la leur.
  • C’est l’histoire de milliers de personnes qui sont mortes noyées dans l’eau glacée à cause d’un glaçon qui trainait là.
  • Sur un paquebot, une jeune femme s’affranchit de sa condition en flirtant avec un ouvrier, et c’est lui qui meure à la fin.
  • Partis pour une vie meilleure, le paquebot a sombré, et peu poseront le pied en Amérique.
  • Ils cherchaient à traverser l’océan, ils ont traversé la vie.
  • Un bateau percute un iceberg, sombre et entraine avec lui des milliers de personnes dans l’eau glacée.
  • Des gens riches et des gens pauvres embarqués sur le même navire, finissent par se mélanger au fond de l’océan glacé.
  • Par une nuit de décembre, l’arrogance lancée sur un océan de certitudes percute un improbable iceberg, mettant fin au record de vitesse tant recherché, à de nombreuses vies de 3ème classe et à de solides espoirs de vies nouvelles.
  • Un paquebot conçu pour être insubmersible, mais en fait non.
  • Tous dans le même beau navire mais pas tous dans la même galère.

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